Le premier pas à prendre pour réussir

J’aime faire la fête. J’aime butiner de party à party comme une abeille assoiffée de rencontres, de discussions et de nouveautés. Tout ça enrobé d’un nectar d’excès! J’adore arriver dans un endroit où je connais peu de gens et y ressortir avec plein de nouvelles connaissances. Ça arrive rarement, j’en conviens (je ne parle pas des excès, hélas!). L’expérience demeure seulement intéressante lorsqu’il y a échange et intérêt commun. Oubliez les politesses, la température ou le small talk, je parle d’une vraie conversation. Cependant, il va de soi que nous devons passer par les phrases régulières pour arriver à quelque chose de plus captivant. N’est-ce pas agréable d’avoir un dialogue dynamique avec une nouvelle personne ?

L’entretien devient encore plus passionnant lorsqu’on se dévoile ou quand l’autre laisse entrevoir un côté de sa vie plus personnelle.

Je me souviens, voilà pas si longtemps, que ces rencontres hasardeuses avaient créé un monstre à mon égard. Une gigantesque bête se nourrissant d’amour-propre, de timidité et de confiance. Elle surgissait sans crier gare et me laissait à chaque fois dans un grand effroi.


Je pouvais la sentir rôder à l’orée de mes conversations, et laissait derrière elle un étrange malaise. Très sournoise, elle apparaissait toujours sous la même forme. La forme d’une simple question!

Ça se passait toujours de la même façon. Je rencontrais de nouvelles personnes, les amis d’amis, des connaissances de connaissances. On rigolait, on trinquait, on discutait. Soudain, la question fatidique arrivait!

“Et toi, Nicolas, que fais-tu dans la vie?”

Arghghhhghhh… Beam me up, Scotty! Now!

Je ne savais pas quoi répondre. Je me mettais en boule, je pleurais ou je partais en courant. Pourquoi avais-je l’impression de devoir me définir par un emploi du temps qui occupe quarante heures de ma semaine ? Pourquoi cette question me laissait-elle un goût amer en bouche ? Comme tout le monde, je dors plus de cinquante heures par semaine, devais-je répondre que je suis un dormeur invétéré ?

La plupart du temps, j’utilisais le bon vieux truc du ricochet comme dans l’émission Ultimatum avec Yvan Ponton.

  • Et toi, Nicolas, que fais-tu dans la vie?
  • Moi?! Euh…je te réponds tout de suite après que tu me donnes des détails sur tel aspect que tu viens de me parler. (ou simplement dire “Ricochet!”, si t’es game!).

Comme je vous disais, après plusieurs rencontres, j’avais pu voir, entendre et sentir la bête, mais je n’avais jamais osé l’affronter jusqu’à un soir particulier…

Pourtant, c’était une soirée comme une autre, entre amis, à la maison. Verres de vin, bouchées, table de cuisine, rires et discussions au menu. Malgré qu’il n’avait aucun inconnu à cette petite soirée, le monstre pouvait surgir abruptement au milieu des convives.

“Pis, à part ça Nick, qu’est-ce qui se passe de bon?”

La bête avait frappé et, par le fait même, un silence se fit simultanément. Comme si tout un chacun avait le goût de savoir ce qui se passait de bon dans ma vie!

Le temps s’était arrêté et je commençai à me poser de grandes questions philosophiques. Comment pouvais-je seulement me définir par mon emploi? C’est impossible. Je vis lorsque je compose, je rayonne lorsque je joue de la musique, mon coeur bat lorsque je plonge dans mes projets, lorsque j’écris, lorsque j’invente, je brainstorm, lorsque je…blogue.

Je crie victoire lorsque ça avance, même si c’est un minuscule pas, je me dis que c’est vers ma réussite. Je suis tellement plus que mon métier et pourtant, voilà une partie de moi dont je ne parlais jamais.

En fait, voilà mon MOI TOUT ENTIER dont je n’effleurais jamais le sujet…

En cette fraction de seconde, j’ai beaucoup réfléchi, et je me suis dit que pour mettre ces projets de l’avant, il faut défier ses propres habitudes, braver ses montagnes, affronter ces bêtes…

Composer des chansons, partir un band, choisir la photo de sa pochette de démo, tout ça, c’est facile.

Ouvrir les fenêtres et se commettre à la planète, se dévoiler, voilà un beau combat.

Le premier à prendre pour réussir est de

SAUTER DANS LE VIDE

  • Pis, à part ça Nick, qu’est-ce qui se passe de bon?
  • Pas grand-chose…c’est pas mal occupé au travail… Waiiiiiiit a minute! (Voilà le moment où j’avais terminé de réfléchir!) Je fais des trucs pas mal plus intéressants! Je suis en train de composer une chanson que j’aime beaucoup, je te la fais entendre si tu veux. Tu me diras ce que tu en penses…

C’est de cette manière que j’ai dompté la bête… Étrangement, en se révélant, on remarque que les efforts faits depuis le début recommencent à zéro, que les petits pas de succès dont on se félicite seul dans sa chambre ou devant son ordinateur deviennent des pas de géants lorsqu’on partage ces succès avec autrui.

La bête de la question ne me fait plus peur… mais si vous saviez tous ces autres monstres qui me guettent à chaque instant.

2 Comments on “Le premier pas à prendre pour réussir

  1. C’est un grand défi de dire : Écoute ça, c’est une de mes compos et je l’aime beaucoup. Comme tu le dis, je connais plein de gens qui composent dans leur intimité et qui craigne de « sauter dans le vide» Je fais partie de ceux-là et je compte bien y remédier. La fameuse question qui tue, fait autant peur à celui qui la pose qu’à celui qui la reçoit car elle challenge le conformisme et elle met en lumière en chacun le déni de nos rêves et aspirations les plus profonde.

  2. Yohan, tu as parfaitement raison. Et peut-être que celui qui la pose sans peur se cache inconsciemment derrière une paresse de rêver.

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